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Catégorie : Générale

3. Une histoire d’effondrement (1ère partie)

J’ai eu l’honneur d’être le président de la MJC (Maison des Jeunes et de la Culture) de mon quartier. Il s’agit d’une grande et belle 1 association d’éducation populaire installée en plein cœur de Lyon. Cette structure est à un moment pivot de son existence et chemine sur un chemin de crête escarpé en essayant de ne pas s’effondrer.
Je vais vous conter son histoire dans une série d’articles en commençant ici en dressant un portrait de l’association, de ses enjeux et des raisons qui font craindre son effondrement. Je poursuivrai ensuite en détaillant la dynamique en œuvre pour se réinventer et je finirai par un focus sur quelques aspects clés de ce retour d’expérience qui méritent une attention particulière et qui pourrait être des facteurs de succès dans d’autres trajectoire d’effondrement.

L’éducation populaire est une philosophie et une pratique visant à l’émancipation et l’épanouissement individuel en même temps qu’un éveil à la vie de citoyenne et citoyen. Notre association, comme les autres structures d’éducation populaire, est donc animée par un esprit d’ouverture, d’accueil des opinions contraires, un amour du multiculturalisme et une bienveillance envers celles et ceux qui chemine un temps avec nous.

Pendant des années, nous étions une petite association de quelques centaines d’adhérent•es et quelques salarié•es occupant une petite maison au milieu d’un carrefour. Un jour, la Ville de Lyon, eu la possibilité de mettre à notre disposition un nouvel équipement flambant neuf et d’une surface beaucoup plus importante. C’était l’occasion d’un nouveau départ.

Nous avons peut-être été un peu perdu dans de tels locaux et nous avons fait ce que qui semblait relever de la meilleure stratégie : nous avons occupé l’espace. Énoncé ainsi, la décision semble bien triviale. Laissez-moi la reformuler. Au travers de cet équipement, notre partenaire et financeur nous fournissait un nouvelle ressource : de l’espace. Et cette ressource pouvait presque sembler inépuisable tant la différence de surface était grande.

Concomitamment, l’arrondissement en général et notre quartier en particulier connurent une accélération de leur développement. De nouvelles familles venaient s’y installer et des nouveaux immeubles voyaient le jour. La demande de ces habitants pour les activités que la MJC propose est forte et nous n’avons eu de cesse de chercher à y répondre. Chaque année, de nombreux nouveaux créneaux d’activité sont ajoutés et l’occupation de la maison de poursuit. En moins de 10 ans, la taille de notre association a quintuplé passant de moins de 500 adhérent•es à plus de 2500.

Mais la croissance infinie portée par des ressources finies est un leurre et une illusion. Il arriva un moment où nous avons commencé à apercevoir la saturation de nos locaux, et avec elle, l’impasse de notre modèle économique basé sur la croissance d’activité. Pendant quatre ans, peut-être même plus, nous évoquions cette possibilité et la nécessité de nous préparer. En vain. La question restait intacte et je crois que nous ne savions pas vraiment comment l’appréhender.

Par ailleurs, la MJC faisait face à d’autres difficultés et des tensions en interne. Une partie de l’équipe professionnelle se sentait perdu dans cette grande structure et regrettait ouvertement la proximité d’une petite association familiale. D’autres pouvaient regretter que leur expertise dans les discipline enseignée n’était pas reconnu. Des bénévoles souhaitaient donner des coups de main sans qu’ils puissent trouver de réponses. Des administratrices et administrateurs, nouvellement élu•es ou pas, se trouvaient confrontés à des problématiques d’une trop grande complexité. L’amplitude des questions traitées, et leur importance, pouvant sembler hors de portée pour certain•es et clairement vertigineux. Leur sidération face à la situation les a conduit a quitter le conseil d’administration, affaiblissant ainsi un peu plus la structure.

La situation était donc celle ci : une structure qui a très rapidement grandi sans que ses processus suivent, un modèle économique et fonctionnel dans une impasse, une équipe professionnelle sous tension, des adhérents et bénévoles un peu perdus, et le financeur principal qui commence, de grès ou de force, à se désengager. Ce résumé est un plus noir que ce que nous vivions alors. Cependant, il reste fidèle. En prenant l’animation politique de la maison, la question que je me pose est de savoir comment permettre à la maison de se transformer en profondeur pour ne pas disparaître. S’effondrer ou pas, telle est la question.

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1. S’éveiller à l’effondrement

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être designer. J’ai mis un temps certain à définir ainsi ce que je voulais apporter au monde. J’ai toujours été animé par l’envie de comprendre toujours plus finement le fonctionnement des objets et systèmes avec lesquels j’interagis. Il ne s’agit pas d’une simple volonté de savoir académique, voire encyclopédique. Cette démarche de déconstruction est le préalable obligatoire à un travail de reconstruction visant à améliorer la capacité d’interaction entre des usagers et des dispositifs. Par le design, je souhaite apporter de la beauté au monde. Celle-ci peut être plastique, sensible. Elle peut être une élégance ou une discrétion, une attention invisible qui illumine le quotidien de l’usager sans qu’il en prenne réellement conscience.

Cette démarche de déconstruction m’amène toujours plus loin dans les profondeurs des fonctionnements des matériaux, techniques ou organisations. Cela a le double mérite d’accroître ma compréhension des sujets mais aussi ma capacité d’anticiper l’impact de mes créations, comme des procédés même de conception. Je suis d’autant plus horrifié par l’état critique de notre planète, de ses ressources englouties bien plus rapidement qu’elle ne peut les renouveler, et de l’extinction rapide d’un nombre toujours plus grand d’espèces animales et végétales.

Si je me situe bien désormais dans le contexte d’effondrement, je ne me définis pas pour autant comme collapsologue, et cela pour deux raisons. J’estime d’abord n’avoir malgré tout pas assez travaillé la question pour me définir positivement comme tel. Je refuse d’embrasser des qualificatifs au seul titre qu’ils sont dans l’air du temps.

La seconde raison est philosophique. Je veux être optimiste et veux toujours chercher la lumière, même au plus sombre de la nuit. Ne nous trompons pas. Je ne souhaite pas nier les évidences, ni les difficultés. Je vois parfois des collapsologues sortir de nulle part. Certains portent un message que j’estime peu construit et qui cache mal un autre agenda. On voit commencer à fleurir des volontés carbo-fascistes ou totalitaires comme réponse populiste aux effondrements en cours ou à venir.

Faut-il prophétiser la disparition de systèmes et doctrines que l’on abhorre au seul titre de sa non adhésion à leurs thèses ? Peut-être manquerais-je d’ambition en refusant de concevoir seul un nouveau plan global d’un nouvel ordre mondial. Je souhaite me concentrer sur une chose, et une seule. J’estime que notre refus obstiné de prendre en compte les conséquences réelles de nos actes et décisions est la cause de nos problèmes. Je vais tâcher de démontrer ce propos et de fournir des outils encapacitants pour celles et ceux qui auront envie de changer cette donne.

Aussi, je n’ai nullement l’intention de pointer du doigts des personnes ou décerner des diplômes de collapsologie en cachant mon parti-pris derrière un paravent de neutralité savante. La question qui m’habite est celle de la pénurie de ressources et de leur usage efficient. Je n’ai aucune ressource disponible pour ce genre de chikayas.

Je laisserai ensuite chacune et chacun, selon leur vision du monde, tirer ses propres conclusions sur les doctrines politiques et économiques à déconstruire et/ou reconstruire. Libre à chacun de préférer envisager le problème sous l’angle de l’anthropocène, capitalocène ou chthulucène 1.

Au fil des ans, la raison de mon engagement dans le design n’a pas changé. Je souhaite toujours apporter de la beauté au monde. Par contre, les modalités d’une telle entreprise ont évolué. Désormais, je cherche les moyens de concevoir des objets, dispositifs ou services qui, non seulement ne font pas de mal à la planète, mais au contraire ont la capacité de la réparer. La seule chose que je souhaite voir casser est ce paradigme qui fait qu’une génération laisse systématiquement à ses enfants la planète dans un état moins bon qu’elle ne la reçu de ses parents.

Ce blog est là pour cristalliser mes réflexions sur le sujet et peut-être que ma position sur le sujet pourra changer au fil du temps. Il est là aussi pour ouvrir une discussion et je serais heureux de chercher à construire avec vous un futur désirable.

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